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par François Lemieux | Le Patriote

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Trois grandes familles linguistiques autochtones

En Amérique du Nord-Est, c’est-à-dire en Ontario, au Québec, dans les provinces maritimes, dans les États de la Nouvelle- Angleterre, de New York, de Pennsylvanie et dans ceux autour des Grands Lacs, des dizaines de nations amérindiennes et une nation inuite se partagent le territoire. Ces nations appartiennent à trois grandes familles linguistiques : inuite, algonquienne et iroquoienne. On retrouve à l’extrême nord du Québec les locuteurs de la langue inuite. La famille iroquoienne occupe la vallée du Saint-Laurent de Québec à Détroit. Et la grande famille algonquienne occupe le reste du territoire, de Boston à la baie James, de Sept-Îles à Chicago, en passant par le lac Saint-Jean et Rouyn-Noranda.

Les deux langues sont notamment présentes dans notre toponymie. Le mot « Canada » est un mot iroquoien qui signifie « village », alors que « Québec » est un mot algonquien signifiant « là où le fleuve rétrécit ».

Les Pays d’en Haut ne sont pas à Sainte-Adèle

Dans la foulée de la colonisation des Amériques, les Français choisiront de s’installer sur les territoires amérindiens du golfe puis de la vallée du Saint-Laurent. Ils descendront ensuite vers le sud. Ainsi, au XVIIIe siècle, la Nouvelle-France occupait une superficie qui correspond à 40 % du Canada et des États-Unis actuels. Elle était sous-divisée en colonies et régions. Il y avait la colonie de l’Acadie qui correspondait aux provinces maritimes et à une partie du Maine. Ensuite, il y avait la colonie du Canada qui comprenait le Québec actuel, les Pays d’en Haut (le bassin des Grands Lacs), le pays des Illinois devenu l’État du même nom et la vallée de l’Ohio qui correspondait à l’État actuel de l’Ohio et à une partie de la Pennsylvanie. Enfin, la Louisiane était une colonie qui correspondait à une vaste région couvrant la vallée du Mississipi et celle du Missouri à l’ouest des Appalaches, à l’est des Rocheuses et au nord du golfe du Mexique et du Rio Grande.

Les frontières n’étaient pas stables. Les États- Uniens les contestaient. Et il y avait des conflits de juridiction entre les gouverneurs de Montréal et de la Louisiane, notamment pour la gestion de la vallée de l’Ohio et du pays des Illinois.

Nouvelle-Néerlande et Nouvelle-Suède

D’autres Européens, à peu près simultanément, ont fondé des colonies dans l’Amérique du Nord-Est. Ainsi, au XVIIe siècle, à l’époque de Champlain, des Britanniques se sont établis en Nouvelle-Angleterre dans les États actuels du Massachusetts, du Rhode Island, du Connecticut et d’une partie du Maine.

Par ailleurs, en Europe, les Pays-Bas s’appelaient les Provinces unies et couvraient, outre la Hollande, la Belgique, qui comprenait elle-même le pays wallon et le pays flamand. Ainsi fut fondée la Nouvelle-Néerlande ou, selon l’époque, la Nouvelle-Belgique. Les premiers colons à s’établir en 1626 dans l’île de Manhattan, à New York, ont donc été des familles wallonnes et donc francophones. Mais ce sont des néerlandophones qui se sont établis dans la vallée du fleuve Hudson. Ce fleuve traverse l’actuelle ville de New York et prend sa source dans les Adirondacks. En 1624, ces Flamands ont érigé le fort Orange sur le site de l’actuelle ville d’Albany, située à 230 km au nord de New York, au confluent du fleuve Hudson et de la rivière Mohawk. La Nouvelle-Néerlande sera cédée aux Britanniques en 1674. Le fleuve Hudson, par le lac Georges et le lac Champlain, permet de naviguer jusqu’à la rivière Richelieu et au fleuve Saint-Laurent. C’était une voie d’accès importante à la Nouvelle-France.

Plus au sud, dans la vallée du fleuve Delaware, des colons ont fondé en 1638 la Nouvelle- Suède. Mais, en 1655, cette colonie sera annexée à la Nouvelle-Néerlande. La Nouvelle-Suède comprenait des territoires dans les États actuels du Delaware, du New Jersey et de la Pennsylvanie. Des Finlandais et des Néerlandais contribueront au peuplement.

Si bien que les premiers contacts des Iroquois avec des Européens seront avec des Belges, des Hollandais, des Suédois et des Finlandais, et ce sera longtemps après le début de la guerre avec la Nouvelle-France qu’ils transigeront avec les colons britanniques. À l’opposé, les Abénakis entreront rapidement en conflit avec les colons anglais de la Nouvelle- Angleterre qui ont occupé leur territoire.

 Les Iroquoiens du Saint-Laurent ont disparu

À son premier voyage, en 1534, Jacques Cartier a rencontré les Innus de la Côte- Nord. Il a aussi rencontré, dans la baie des Chaleurs, les Micmacs dont le territoire correspondait en gros aux provinces maritimes. Mais Cartier a surtout rencontré des Iroquoiens dans la baie de Gaspé. Ces derniers étaient établis à Stadaconé, mais présents en Gaspésie dans le cadre d’un voyage de pêche. Les Amérindiens connaissaient les Européens en général et les Français en particulier qui venaient pêcher dans le golfe du Saint-Laurent. À ses voyages suivants, Cartier rencontrera à nouveau ces Iroquoiens à Stadaconé et à Hochelaga, où ils étaient établis. Des recherches archéologiques confirment l’existence de villages d’Iroquoiens ailleurs dans la vallée du Saint-Laurent.

En 1608, Samuel de Champlain ne peut que constater la disparition des Iroquoiens du Saint-Laurent. Selon les historiens et les archéologues, une combinaison de facteurs serait responsable de leur disparition. Les maladies européennes auraient décimé leur population et les Algonquiens en auraient profité pour les chasser afin de libérer le fleuve Saint-Laurent qui permettait le commerce. La traite des fourrures était déjà commencée au XVIe siècle. Roberval, qui prendra la suite de Cartier, sera de ceux qui feront du commerce avec les Amérindiens.

Le territoire mohawk est dans l’État de New York

En 1609, le chef algonquin d’une nation établie en Outaouais, près de l’actuelle localité de Saint-André-Avellin, et un chef huron demandèrent à Champlain d’aller affronter leur ennemi iroquois. C’est à la pointe sud du lac Champlain qu’ils affrontèrent les Kanienkehakas, que les Français appelèrent les Agniers et que les Hollandais désignèrent sous le nom de Mohawks. On était, à cet endroit, au nord du territoire mohawk. Les Mohawks étaient l’une des cinq nations iroquoises qui formaient une confédération et dont les territoires étaient adjacents – ils s’étendaient d’une centaine de kilomètres à l’ouest d’Albany jusqu’à Rochester dans l’État actuel de New York. La frontière s’est par la suite déplacée avec le commerce des fourrures, puisque les Mohawks feront la guerre aux Mohicans, dont le territoire était la vallée du fleuve Hudson au sud du lac Georges, appelé lac Saint-Sacrement à l’époque. Le territoire mohawk sera étendu ainsi jusqu’au fleuve.

Les territoires des quatre autre nations s’étendaient jusqu’au lac Ontario. Outre les Mohawks, il y avait donc les Onondagas (Onontagués), les Oneidas (Onnéiouts), les Cayugas (Goyogouins) et les Senecas (Tsonnontouans). En 1722, plusieurs années après la Grande Paix de Montréal, les Tuscaroras, chassés de la Caroline du Nord par les colons, se joindront à eux pour former la confédération des six nations appelée Haudenosaunee. Ce sont eux que l’histoire désignera comme Iroquois.

Bien qu’ils soient aptes à manipuler certains métaux, les Amérindiens ne connaissaient pas l’usage du fer. Si bien que leurs outils et leurs armes étaient confectionnés avec de la pierre, des osselets ou des coquillages. Les Iroquoiens étaient semi-sédentaires: ils pratiquaient l’agriculture en plus de la chasse. Les Hurons, par exemple, cultivaient entre autres le maïs et le tournesol. Leurs rendements agricoles étaient 200 fois plus élevés qu’en France à la même époque.

Les nations amérindiennes ont toujours commercé entre elles. L’arrivée des Européens change cependant la nature des produits échangés contre les fourrures. En Nouvelle-France, les lieux d’échange se déplaceront de plus en plus vers l’intérieur des terres: Tadoussac, Québec, Trois- Rivières, Montréal, Michilimakinac… En Nouvelle-Hollande, l’endroit où se fera le trafic sera Albany.

Les Iroquois en général et les Mohawks en particulier chercheront à maintenir le monopole pour le commerce des fourrures. Ils feront ce commerce avec les Flamands et par la suite avec les Britanniques, en contrôlant l’accès à Albany. Dès qu’ils ont connaissance de l’existence des armes à feu, ils demandent aux Flamands de payer leurs fourrures avec ces armes. Dès lors, ils ont un énorme avantage sur les autres nations amérindiennes.

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Des Iroquoiens détruisent d’autres Iroquoiens

Le commerce des fourrures procure aux Amérindiens toutes sortes de biens qui deviennent rapidement indispensables dont certains nécessitent un entretien régulier. Les armes à feu, par exemple, nécessitent des munitions, des pièces de rechange et un entretien suivi. La demande pour les fourrures est forte, notamment pour la fabrication de chapeaux et parce que le climat de l’époque est particulièrement froid. On évoque une petite glaciation. Les Hollandais ont d’ailleurs mis sur pied quelques fabriques de chapeaux. La demande fluctue cependant selon la conjoncture européenne. Les concurrences scandinaves et russes, les guerres, la santé des économies européennes, les surplus et les pénuries feront fluctuer les prix. Cette fluctuation expliquera certaines trêves dans la guerre que mèneront les Iroquois aux autres nations amérindiennes et à leurs alliés, les Québécois.

Le territoire iroquois deviendra rapidement insuffisant pour répondre à la demande en fourrures des Hollandais. Les prix sont habituellement supérieurs à Albany. Les Innus servent d’intermédiaires pour le commerce avec les Cris. Les Attikameks vont à Trois-Rivières. Les autres nations algonquines du bassin de la rivière des Outaouais viennent à Montréal. Par contre, tous les autres Amérindiens des Pays d’en haut et de l’ouest du continent ont pour intermédiaires les nations wendat du sud de l’Ontario, qui pour leur part viennent à Montréal.

Voilà pourquoi les Iroquois attaqueront les Wendats. En 1650, ces nations seront anéanties. Les personnes encore valides se disperseront chez les nations avoisinantes. Certains d’entre eux demanderont la protection du gouverneur-général et s’installeront à l’île d’Orléans et à Sillery. Ils se déplaceront à différents endroits autour de Québec avant de s’installer à Wendake.

Les Iroquois, afin de conserver leur nouveau marché, porteront la guerre chez les Algonquins, les Attikameks et même chez les Innus au nord du lac Saint-Jean. Ils feront des incursions un peu partout en territoire québécois, de Montréal jusqu’à l’île d’Orléans. La riposte viendra. Mais la guerre durera jusqu’à la signature de la Grande Paix en 1701. Les Wendats ne récupéreront jamais leur territoire qui sera occupé par les nations voisines.

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Les quatre grands fléaux

Les Iroquois, comme la plupart des Amérindiens, seront victimes de quatre grands fléaux : les maladies européennes, l’occupation de leur territoire par les nonamérindiens, l’acculturation résultant des opérations d’évangélisation et la dépendance aux biens fournis par les Européens.

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Les maladies

N’ayant eu aucune exposition aux maladies qui ont sévi en Europe pendant des siècles, les Amérindiens perdirent de 50 à 80 % de leurs populations à cause de celles-ci. Les rhumes, les grippes, la varicelle, la variole pouvaient être d’autant plus dévastatrices qu’elles étaient inconnues des chamans et que personne ne disposait de moyens pour, sinon les combattre, les soigner ou les prévenir. Pour les Amérindiens les plus crédules, la situation était d’autant plus alarmante que les non-amérindiens ne semblaient pas souffrir autant des mêmes maux. Pour les plus pragmatiques, ces maladies devenaient des motifs de persécution des étrangers, notamment des missionnaires.

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L’occupation du territoire

Les Européens furent d’abord accueillis, sinon chaleureusement, du moins sans hostilité. Les nations amérindiennes côtières de l’Atlantique et du golfe Saint-Laurent voisinaient depuis longtemps les Européens qui venaient pêcher au large. Il y avait parfois des échanges. On peut aussi croire que la nouvelle de l’occupation du territoire de l’Amérique centrale et de l’Amérique du sud était venue aux oreilles des Amérindiens du Nord-est. C’est ainsi que Donnacona, l’Iroquoien de Stadaconé, tentera de faire comprendre à Cartier qu’il était le bienvenu en touriste mais qu’il ne l’était pas comme résident. Les Iroquoiens du Saint-Laurent rendirent ainsi la vie difficile aux tentatives de colonisation des Français durant le XVIe siècle.

Champlain avait fait un voyage en Amérique du Sud avant de faire un séjour en Acadie. Il avait déjà une idée sur la façon d’entrer en relation avec les Amérindiens. Il ne voulait pas répéter les politiques d’extermination des Espagnols, mais plutôt conclure des alliances avec les Amérindiens. Dans la vallée du Saint-Laurent, sa réputation le précédait. Mais alors que les Français s’installaient sur un territoire « abandonné » par les Iroquoiens, les colons de la Nouvelle-Angleterre et de la Nouvelle-Hollande s’établissaient pour cultiver le sol sur un territoire occupé par des nations amérindiennes. En 1641, la Nouvelle-France comptait 240 habitants, alors qu’en Nouvelle-Angleterre la population s’élevait à 50 000 personnes. En Nouvelle-Angleterre, l’attitude des colons était souvent désobligeante et arrogante envers les Premières Nations. Une guerre tantôt ouverte, tantôt larvée, les opposait aux Premières Nations. Les Abénakis et leurs alliés réservèrent aux colons de la Nouvelle- Angleterre le même sort que celui fait aux colons de la vallée du Saint-Laurent par les Iroquois.

Rapidement, pour les Amérindiens, l’alliance avec les Québécois reposera plus que sur le commerce des fourrures. C’est leur mode de vie – reposant sur l’exploitation de grands territoires – qui deviendra la raison vitale de leur unité à l’échelle continentale auprès des Québécois.

D’ailleurs, Pierre Lemoyne d’Iberville ira fonder la Louisiane avec l’objectif avoué de contenir les États-Uniens à l’ouest des Appalaches. La Grande Paix de Montréal en 1701 constituera le traité confirmant l’alliance entre les Québécois et les nations amérindiennes pour contenir l’expansion territoriale des États-Uniens. C’est cette expansion qui provoquera la guerre de Sept Ans en Amérique.

L’évangélisation

Les premiers missionnaires étaient des Récollets, un ordre religieux inspiré de Saint François d’Assise et qui deviendront d’ailleurs, plus tard, des Franciscains. Les Récollets font venir les pères Jésuites en 1625. Les Jésuites, dont l’ordre avait été fondé pour contrer la réforme protestante amorcée au XVe siècle, supplanteront par la suite les Récollets. La réforme protestante aura pour conséquence, en France notamment, le massacre de la Saint-Barthélemy en 1572, la proclamation de l’Édit de Nantes en 1598, le siège de La Rochelle de 1627 et la révocation de l’Édit de Nantes en 1685. Le massacre de la Saint-Barthélemy a eu lieu à Paris, qui a été le théâtre du massacre de protestants (les huguenots). L’Édit de Nantes est un décret gouvernemental pour proclamer la tolérance religieuse entre catholiques et huguenots. Le siège de La Rochelle est une opération militaire commandée par le cardinal de Richelieu pour « terminer » l’épuration de la France des éléments huguenots. La révocation de l’Édit de Nantes par le gouvernement français marquera la fin de la tolérance envers les protestants. La conséquence : les huguenots iront se réfugier en masse en Nouvelle-Angleterre et les Jésuites demanderont l’interdiction aux huguenots de s’établir en Nouvelle- France. Voici la toile de fond religieuse qui marque les débuts de la colonisation. Ces affrontements alimenteront la compétition religieuse et le zèle missionnaire.

Forts de leur expérience en évangélisation en Amérique du sud, les Jésuites fonderont des « missions », notamment chez les Abénaquis, les Innus, les Algonquins, les Hurons et les Iroquois. Les résultats seront mitigés au début, même si, à terme, les Amérindiens du Québec seront tous catholiques. Alors que les Abénakis se convertiront rapidement lorsqu’ils verront leur chaman discrédité, les Wendats vivront une profonde division. Les traditionalistes rendront responsables les missionnaires de toutes les autres calamités qui accablent la nation. À l’inverse, les convertis réclameront la présence des missionnaires pour les protéger des calamités.
La conversion religieuse donnait accès à un système de valeurs plus « avancé » que l’animisme amérindien. Mais il y avait aussi certains bénéfices à être baptisé. Parmi les incitatifs à la conversion, il y avait la permission de posséder une arme à feu, d’obtenir de meilleurs prix lors de la vente de fourrures et une foule d’autres petits avantages.

À l’époque, lorsque les guerriers d’une nation amérindienne gagnaient une bataille, ils ramenaient les vaincus consentant en esclavage et exécutaient les autres après les avoir torturés. Cela rendait, entre autres, le consentement des premiers plus « spontané ». Les missionnaires, faisant partie de ceux qui ne voulaient pas « consentir », furent torturés et mis à mort. Ceux qui étaient amenés en esclavage finissaient par être intégrés à la culture des vainqueurs. C’est ainsi qu’on retrouvait des Algonquins et des Wendats chez les Iroquois. Comme il y avait parmi eux des convertis, ceuxci finissaient par réclamer, en échange de leur loyauté, la présence d’un missionnaire. Parmi les Iroquois, certaines nations étaient aussi plus enclines à réclamer cette présence, en particulier celles dont le territoire était le plus éloigné de Montréal, afin d’échapper à l’hégé monie des Mohawks.

Comme les Wendats, les nations iroquoises furent pro fondément divisées. Les missionnaires ouvrirent donc des « missions » dans la région de Montréal: Kanawake, Saint-Régis et une mission sur le site de l’actuel Grand Séminaire de Montréal. Celle-ci fut par la suite déménagée au Saultau- Récollet, puis à Oka. Cette division est encore aujourd’hui très importante entre traditionalistes et convertis chez les Iroquois des Six-Nations.

Lors de la guerre d’indépendance des États- Unis, les Iroquois ne prendront pas partie pour les États-Uniens. Ces derniers les chasseront de leur territoire. Les six nations iront se réfugier en Ontario et dans les missions québécoises.

L’évangélisation a déstructuré le tissu social. Les valeurs n’étaient plus les mêmes, les chefs n’étaient plus désignés selon les mêmes critères et le statut social de chacun s’en trouvait modifié radicalement. La nation perdait la cohésion acquise depuis des siècles selon des règles fixées par la tradition.

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La dépendance aux produits européens

Le commerce des fourrures permit aux Amérindiens d’acquérir toutes sortes de biens. Les nations amérindiennes faisaient déjà un important commerce entre elles: des paniers contre du poisson, une traîne sauvage contre du maïs, etc. La monnaie était le wampum, sorte de collier fait de petites pierres de couleur semblables à des perles. Aux Européens, on achetait des objets de métal (haches, fers de flèches, épées, tranches pour rompre la glace, couteaux, chaudières), des produits textiles et des produits alimentaires. On peut ajouter des perles imitant le wampum, des armes à feu et de l’alcool.

Ces marchandises se substituaient à celles qu’ils utilisaient. Ainsi, la hache en fer remplaçait avantageusement le tomahawk en pierre. Le fusil remplaçait l’arc. Le producteur du produit amérindien désuet devenait ainsi désoeuvré et la tradition de fabrication était perdue.

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Les Premières Nations chez elles

Les quatre grands fléaux décimèrent leur population, les dépossédèrent de leur territoire, détruisirent leur cohésion sociale et annihilèrent leurs industries. Plus tard, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, les populations d’origine européenne tenteront de « civiliser » une fois pour toutes les populations jugées « moins avancées ». Ce sera le cas avec les Premières Nations, mais ce sera aussi le cas en Afrique et ailleurs. C’est aussi le sort qui a été réservé aux francophones de l’Ontario, de l’Acadie et de la Louisiane. On neutralisera ainsi la transmission de la langue et de la culture. C’était révoltant pour nous. C’est aussi le cas pour les Premières Nations. Intégrer à notre culture les immigrants qui choisissent de venir se joindre à nous est une chose. Cohabiter avec les premiers occupants du territoire que nous « découvrons » en est une autre. Par ailleurs, il y a des décalages dans le développement des nations : certains très importants, d’autres moins. Il faut composer avec ces réalités. Quoiqu’il en soit, les Premières Nations se développent au rythme qu’elles souhaitent, mais surtout, elles sont ici chez elles. C’est le cas aussi pour les Wendats, les Abénakis et les Iroquois qui nous ont demandé refuge.

L’indépendance nationale du Québec veut aussi signifier que la nation québécoise doit s’entendre avec les Premières Nations sur le mode de cohabitation qui permettra aux deux groupes de vivre en harmonie et d’assurer le développement de chacun. Les Québécois aiment jaser et les Premières Nations aiment palabrer. Les Premières Nations ont une culture du consensus et les Québécois aussi : ils en ont héritée. C’est un processus qui sera long. Le traité de la Grande Paix de Montréal a été ratifié après des années de négociations. La Paix des Braves, conclue en 2002 entre les Cris et le gouvernement du Québec, constitue une bonne base de discussion. Les Premières Nations ne sont pas unies entre elles, et il y a souvent des divisions à l’intérieur de chacune d’elles. Cela ne justifie pas qu’il faille baisser les bras ou en abuser. •••