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Au sujet du projet de loi du gouvernement Couillard modifiant la gouvernance des Commissions scolaires, je fais miens les propos éclairés et éclairants du tout premier Ministre de l’Éducation dans l’histoire du Québec, monsieur Paul Gérin-Lajoie (voir la vidéo ci-bas). Saisissant un micro à la suite d’une présentation tenue lors du récent Sommet sur l’éducation publique, – événement qui servait accessoirement à financer le Parti libéral (…), monsieur Gérin-Lajoie ne s’est pas gêné pour servir toute une leçon de gouvernance à Philippe Couillard, assis directement à côté de lui.

L’ancien ministre a formulé des suggestions simples, solides et cohérentes avec les principes et l’histoire de notre système public d’éducation, dans le but d’améliorer notre démocratie scolaire et la réussite de nos jeunes. Malheureusement, le gouvernement libéral n’a visiblement rien retenu des propos de ce grand sage presque centenaire, qui proposait notamment de tenir les élections scolaires en même temps que les municipales, comme cela se fait déjà dans certaines provinces canadiennes…

Le gouvernement libéral a plutôt préféré conférer au Ministre de l’Éducation des pouvoirs de contrôle accrus et centralisateurs sur l’administration des Commissions scolaires tout en instaurant un système électif facultatif, – autant dire dérisoire, nécessitant une requête de 15% de parents pour être activé, cela aux frais des organisations scolaires locales!

Dans les faits, ce nouveau système ne vise au mieux qu’à accommoder la communauté anglophone, sachant d’une part que cette dernière jouit des privilèges que lui garantit la Constitution canadienne dont notre très provincial gouvernement du Québec se fait bien sûr le plus fidèle apôtre… D’autre part, alors que les Québécois fréquentant le réseau francophone subiront directement et inexorablement les effets de ce démantèlement en règle de la démocratie scolaire québécoise pour cause d’austérité, les anglophones auront quant à eux une marge de manoeuvre beaucoup plus grande pour s’en prémunir s’ils le souhaitent, considérant leur plus haut taux de participation aux élections scolaires, qui s’explique notamment du fait que, contrairement au système francophone où tout le monde vote, l’électorat des Commissions scolaires anglophones est essentiellement composé de parents d’élèves et de volontaires…

Autrement dit, en 2015 au Québec, les francophones et tous les allophones qui fréquentent l’école publique française grâce à la Charte de la langue française, ont donc moins de droits, moins de recours… que les anglophones. Et on parle ici d’un enjeu majeur qui nous concerne tous et toutes : l’éducation, ainsi que le rôle de l’école dans la vie publique et démocratique, l’implication des citoyens, l’intégration des nouveaux arrivants, etc. Il est regrettable par ailleurs que notre gouvernement semble sous-estimer, sinon mépriser, le travail extraordinaire de centaines de commissaires scolaires qui s’investissent corps et âme, jour après jour, pour la réussite de nos élèves et pour faire le pont avec la communauté. Rien ne nous indique que le nouveau système sera meilleur, bien au contraire.

Le gouvernement doit retourner faire ses devoirs et proposer une solution qui améliore la démocratie scolaire. Comme disait ma grand-mère, lorsqu’on a mal au bras, le remède approprié n’est pas toujours l’amputation… N’est-ce pas, docteur Couillard?

Signature Maxime Laporte
Maxime Laporte,
avocat
Président, Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal