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Émilie Tavernier voit le jour le 19 février 1800 à Montréal. Elle ouvre des maisons pour donner asile aux vieillards et aux infi rmes. L’oeuvre charitable qu’elle dirigeait depuis 1830 devint en 1843, la congrégation des Soeurs de la Providence. L’Institut s’est consacré aux femmes âgées, aux orphelines, aux sourdes-muettes et aux malades mentaux.
Émilie Tavernier voit le jour le 19 février 1800 à Montréal. Elle ouvre des maisons pour donner asile aux vieillards et aux infi rmes. L’oeuvre charitable qu’elle dirigeait depuis 1830 devint en 1843, la congrégation des Soeurs de la Providence. L’Institut s’est consacré aux femmes âgées, aux orphelines, aux sourdes-muettes et aux malades mentaux.

Toute sa vie, Émilie Gamelin (1800-1851) aura à subir de terribles épreuves. Dès l’enfance, elle perd ses parents. On la confi e alors aux bons soins d’une tante. Elle épouse ensuite un pomiculteur aisé, de 27 ans son aîné, Jean-Baptiste Gamelin dont elle a trois garçons. Mais le destin emporte coup sur coup chacun des quatre hommes de sa vie. Si bien qu’à vingt-sept ans, elle se retrouve seule. Elle se consacre désormais aux pauvres, aux malades, ainsi qu’aux personnes seules.
En janvier 1832, Ludger Duvernay, propriétaire du journal La Minerve, est mis en prison pour avoir dénoncé dans les journaux les abus du Conseil Législatif. Une fois remise des traumatismes de l’épidémie de choléra, Montréal a repris ses activités. Les femmes oeuvrent ensemble avec madame Gamelin pour venir en aide aux victimes de la situation économique. Jacques Viger devient le premier maire de Montréal. En bonne citoyenne, Émilie participe à ce premier scrutin pour l’élection du maire dont elle connaît l’épouse. Parmi les collaboratrices d’Émilie, les épouses des échevins font aussi partie du nombre.
Le 24 juin 1834, Ludger Duvernay fonde la société Saint-Jean-Baptiste dans le cadre d’un banquet champêtre. Cette année-là, les parlementaires du Bas-Canada tentent d’exclure les femmes de la catégorie des électeurs. Les hommes politiques auront gain de cause. Quinze ans plus tard, le droit de vote sera retiré aux femmes. Le 23 novembre 1837, les premiers affrontements ont lieu à Saint-Denis. Douze patriotes sont tués. Le 25 novembre, le village de Saint-Charles est attaqué à son tour; une trentaine de patriotes sont tués. Privé de ses rédacteurs, Duvernay et Viger, le journal La Minerve cesse de paraître le 20 novembre 1837.

À Montréal, on commence à dénoncer les dures conditions de détention des prisonniers politiques écroués à la vieille prison de la rue Notre-Dame. Denis-Benjamin Viger témoignera qu’à cette époque, les détenus sont restés dans leurs quartiers respectifs sans pouvoir sortir dans la cour de prison. Madame Gamelin cherche le moyen d’aller soulager leur infortune. En plaidant en leur faveur auprès du shérif Saint- Ours, elle a obtenu l’autorisation d’aller à la prison où elle était déjà connue par ses visites auprès des femmes et des malades mentaux.

Le notaire Girouard confirme dans une lettre que des dames charitables de Montréal ont permission d’apporter de la soupe aux pauvres prisonniers. Sans ces visites et ces secours, les prisonniers n’auraient eu que pain pour toute nourriture précisent certains prisonniers. Il poursuit Mesdames Gamelin et Gauvin espèrent bientôt leur distribuer de la soupe et autres soulagements. Presque tous les jours, les Montréalais voient madame Gamelin se diriger vers la prison avec une compagne. Elles pénètrent dans l’établissement carcéral un panier de provision au bras. Émilie n’hésite pas à se faire la messagère des familles et des prisonniers et remet aux uns et aux autres les lettres et les colis qui lui sont confi és. Dans la ville, on la surnomme « l’ange des prisonniers politiques ».

pied du courantElle prie avec les prisonniers, leur fait une lecture spirituelle et leur distribue avant de partir des images de Notre-Dame-dela Délivrance. Léandre Ducharme, un commis de Montréal, de vingt et un ans, conservera précieusement cette image durant son exil en Australie et la rapportera plus tard aux Soeurs de la Providence. On doit aussi à Mère Gamelin d’avoir conservé pour la postérité le testament de Chevalier De Lorimier. Sophie, âgée de treize ans et fille de Jacques Longtin, cultivateur de Saint- Constant, accompagne Émilie à la prison pour voir son père. Elle écrit ceci : En l’apercevant, les prisonniers allèrent au devant d’elle comme au devant d’une mère. Elle les salua en disant : « Je viens voir comment se portent mes enfants aujourd’hui !»

Elle distribua les messages des familles et les provisions, du tabac, des friandises, fait une courte lecture de piété, récite le chapelet avec eux et leur dit avant de partir : Si vous le voulez bien, avant que je me retire, nous allons faire ensemble notre prière du soir. Les prisonniers s’agenouillent sur les dalles et prient avec elle.
À la demande de Mgr Bourget, la Congrégation des Soeurs de la Providence est fondée en 1843. Émilie prend alors l’habit religieux. Ces religieuses ont continué longtemps à visiter les prisonniers et à accompagner les condamnés jusqu’au pied de l’échafaud.

Agathe Boyer

Sources : Robillard, Denise, Émilie Tavernier-Gamelin, Montréal, Éditions du Méridien,1988.
Perrier, Onil, Les Québécoises de 1837-1838, Éditions IDG, LaSalle, 2007

Extrait du Journal Le Patriote Automne 2008