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À l’approche de la Journée internationale des femmes, nous voulons souligner l’apport exceptionnel des Québécoises à la « construction » de notre société au fil des siècles.

La Journée internationale des femmes, qui se veut une initiative des Nations unies, est célébrée chaque année depuis 1977, le 8 mars. Elle trouve son origine dans les manifestations qui ont eu lieu aux États-Unis et en Europe au 20e siècle pour réclamer de meilleures conditions de travail et le droit de vote pour les femmes. Cette journée demeure encore aujourd’hui un moment privilégié pour nous remémorer le chemin parcouru par les femmes dans notre société et ailleurs dans le monde.
Nous saluons toutes les femmes qui ont contribué au fil des années par leur engagement et leur dévouement au mieux-être de notre belle collectivité et nous leur rendons hommage.

De belles réussites du Québec ont une femme comme fondatrice

L’histoire parle plutôt de l’expérience humaine masculine : guerres, victoires, défaites, affaires, politique. Sans les femmes : suffrage universel ? démocratie ? constitutionnalité ? Guy Laviolette, dans son livre d’histoire de 7e année, en page 30, écrit qu’il y a en 1617 Une seule famille d’agriculteurs : celle de Louis Hébert assisté de son gendre Guillaume Couillard. Aucune mention de leurs femmes Marie Rollet et Guillemette Hébert (dix enfants). Pourtant, ces femmes et leurs descendantes ont assumé leur part du développement de la ville de Québec et du pays. En plus du travail de maison, elles travaillaient sur la ferme, dans les champs, près des animaux (double tâche).

Dès le début de la colonie, les femmes sont à l’œuvre. Marie Guyart (Marie de l’Incarnation) gérante en France, vient ici fonder le couvent des Ursulines. Elle dirige la construction du premier monastère, elle écrit 13 000 lettres, véritables chapitres d’histoire coloniale, et huit ouvrages spirituels. Les Hospitalières fondent l’Hôtel-Dieu de Québec dirigé par Marie Guenet et Marie Forestier. Les Augustines fondent l’Hôpital général de Québec. Marguerite Bourgeoys ouvre la première école à Ville-Marie. Jeanne Mance fonde et administre l’Hôtel-Dieu de Montréal. Elle y est aussi infirmière. Mentionnons aussi Marguerite d’Youville, sœur Marie Morin, Madeleine de Verchères, madame de la Peltrie, sœur Saint-Ignace, etc.

Le système politique patriarcal et la religion ont pour objectif de restreindre le rôle des femmes à leurs obligations maternelles et conjugales et de limiter leur accès au savoir. Des lois injustes sont adoptées : on leur enlève le droit de vote (1849), tous leurs droits civils (1866), le droit de posséder des biens (1909). On refuse de les reconnaître comme personne (1928), on refuse de reconnaître leurs diplômes et le droit de pratique, elles sont bannies de la société si elles ont un enfant hors mariage, etc.

Briser les interdits

Malgré ces injustices, les femmes ont fait avancer leur cause et toute la société par leur courage et leur ténacité, cela tient de l’exploit ! Pensons à Irma Levasseur, docteure diplômée aux États-Unis, mais interdite de pratique au Québec. Elle fonde l’Hôpital de l’Enfant-Jésus et, avec Justine Lacoste, l’Hôpital Sainte-Justine. Cette dernière, malgré sa formation ne peut l’administrer à cause de l’incapacité juridique des femmes. Laure Gaudreault fonde un syndicat pour les institutrices (aujourd’hui CSQ). Elle fonde aussi une association pour réclamer des revenus décents de retraite (aujourd’hui A.R.E.Q.). Léa Roback amène le syndicat à l’usine avec Madeleine Parent (emprisonnée par Duplessis). Éva Circé-Côté mène la lutte pour faire connaître les femmes comme des personnes et avoir accès au Sénat. Idola Saint-Jean amorce la lutte pour l’obtention du droit de vote. Thérèse Casgrain poursuit et obtient la reconnaissance des femmes comme personne en 1929, le droit de vote en 1940, le droit d’avoir le chèque d’allocation familiale à leur nom en 1945. Claire Kirkland, première députée ramène les droits juridiques en 1964. Vont suivre, Monique Bégin, Jeanne Sauvé, Albanie Morin, (Ottawa), Claire L’Heureux (juge).

De belles réussites du Québec comme le Mouvement Desjardins, les gâteaux Vachon et d’autres ont une femme comme fondatrice. Mais elles ne sont pas reconnues, système patriarcal oblige. Beaucoup de femmes ont eu de l’influence : Marie Gérin-Lajoie (mère et fille), La Bolduc, Simone Monet-Chartrand, Janette Bertrand, Lise Payette, Lise Bacon, Françoise Gaudet-Ruffo, Anne Hébert, Gabrielle Roy.
Mais les femmes avec leur famille continuent la marche pour faire avancer toute la société et contribuer à la fierté d’être du Québec.

Les Filles du Roy

Il faudrait les nommer toutes, à haute voix, les appeler par leur nom, face au fleuve, d’où elles sont sorties au 17e siècle, pour nous mettre au monde et tout le pays avec nous. 1

C’est ainsi que dans plusieurs pages, Anne Hébert nomme Mathurine Graton, Jeanne Gruau, Perrette Hallier, Barbe Dorange, Marguerite Lemerle, etc., et qu’elle se demande : Est-ce donc si difficile de faire un jardin, en pleine forêt, de l’entourer d’une palissade comme un trésor… pour qu’ensuite la France nous cède à l’Angleterre comme un colis encombrant? Qu’avons-nous fait de ces femmes pionnières ? Le manque d’intérêt des généalogistes pour leurs ancêtres féminines, non porteuse du patronyme transmis au fil des générations, est probablement en cause, souligne Yves Landry dans sa recherche. 2 Ce qui est certain et hors de tout doute, les Filles du Roy sont venues pour «faire des familles » comme le dit Marguerite Bourgeoys, et elles en ont fait.

Quelle langue parlaient-elles?

Comme bon nombre d’entres elles venaient de la région parisienne, l’Île-de-France, elles parlaient « le français du Roy». C’était la langue de la noblesse, du clergé, de l’administration. Et leurs maris venant d’autres régions (de même qu’une bonne partie des Filles du Roy non parisiennes) parlaient le breton, le normand, le poitevin, le lorrain, etc., comme une mosaÏque de langues. Elles ont sans nul doute influencé la langue de leurs maris et réciproquement ainsi ont contribué à l’implantation du « français langue du Roy » en concomitance avec les dialectes patoisants. Elles ont apporté leur créativité langagière : des mots comme abrier, batture, garrocher, tuque et bien d’autres qu’on appelle québécismes, ajoutés à des amérindianismes comme achigan, babiche, anorak, etc. À partir de la Conquête, sous le régime britannique, le français d’ici a abondamment emprunté à la langue anglaise, il faut bien le reconnaître.

Mais la descendance des Filles du Roy a engendré un peuple parlant français sur les rives du Saint-Laurent.

Elles en ont fait des familles

Il nous plairait ici de souligner la contribution de Marguerite Ténard, Fille du Roy, originaire de l’Île-de-France et qui épousa en 1666 à Ville-Marie, notre ancêtre, Charles Boyer. Il était engagé et travaillait pour Jeanne Mance et Marguerite Bourgeoys à l’édification de l’Hôtel-Dieu et de la chapelle Notre-Dame-du-Bon-Secours. Il va sans dire que cette union engendra une vaste descendance.

Les mères du français en Amérique

En plus de générer une vaste descendance, les quelque 700 Filles du Roy arrivées dans la colonie entre 1663 et 1675 lègueront à leurs enfants une langue maternelle riche et belle. Elles parlent un français dénué de régionalismes. Grâce à l’analyse fouillée d’une abondante documentation historique, analyse entreprise dès 1966 par le Programme de recherche en démographie historique de l’Université de Montréal, on sait aujourd’hui qu’au 17e siècle, la vallée du Saint-Laurent devint le berceau du peuplement français en Amérique. Plusieurs témoignages attestent la qualité du français parlé par les natifs de la Nouvelle-France. Ainsi, le suédois Pehr Kalm, en 1749 : …tous ici, tiennent pour assuré que les gens du commun parlent ordinairement au Canada un français plus pur qu’en n’importe quelle province de France et qu’ils peuvent même, à coup sûr, rivaliser avec Paris. Comme dit le proverbe : « Bon sang ne saurait mentir ! » Les jeunes Canadiennes ont joué très tôt un rôle essentiel dans la création de la société coloniale. J’espère que vous aurez autant de plaisir à lire ces pages que j’en ai ressenti à rassembler bribe par bribe les éléments de ce récit.

Agathe Boyer, section Doris-Lussier

1. Anne Hébert, Le premier jardin, Seuil, 1988, p.103.
2. Les Filles du roi au 17e siècle, Orphelines en France, pionnières au Canada, p81