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par Pierre Allard | Le Patriote

Les minorités francophones de l’Ontario, de l’Ouest et de l’Acadie intéressent peu les Québécois… Que l’on soit fédéraliste ou pas, indépendantiste ou pas, on se préoccupe assez peu du sort des « frères exilés ». Au-delà des frontières du Québec, sauf peut-être pour l’activité politique dans la capitale fédérale ou quelques crises linguistiques majeures, l’actualité liée à la francophonie ne mérite dans les médias québécois que de très occasionnels entrefilets.

minorites

Quand on est éditorialiste en Outaouais, issu de l’Ontario français par surcroît, on entend d’une oreille un peu plus attentive les appels de ceux qu’on nomme, parfois ignominieusement, les « Francos ». Et on est davantage préoccupé – frustré serait le mot plus juste – par le silence médiatique qui enrobe la lente et douloureuse érosion de ces collectivités francophones. C’est comme si elles n’existaient pas, et comme si ce qui leur arrive ne comportait pas d’enseignements pour le Québec français.

Si les Québécois étaient mieux renseignés sur le combat des Franco-Ontariens pour éliminer les écoles bilingues et sur l’effet dévastateur du bilinguisme collectif, étape vers l’assimilation des minorités, il n’y aurait pas eu l’engouement qu’on a constaté (même chez certains péquistes) pour l’anglais intensif en 6e année, et les francophones n’auraient pas été aussi prompts à vouloir que toute la jeune génération acquière une connaissance de l’anglais… L’importance du bassin d’unilingues français (présentement autour de 4 millions au Québec) constitue un barème incontournable de la vitalité de notre nation francophone et l’un des fondements de l’argument en faveur du français langue commune.

Ce qui est arrivé aux francophones hors Québec depuis la Confédération doit servir d’avertissement aux Québécois, particulièrement dans les régions comportant de fortes proportions d’anglophones ou d’allophones anglicisés, comme Montréal, ainsi que dans certaines régions frontalières, telles l’Outaouais et le sud/sud-ouest de la métropole. Les arguments qui ont servi à promouvoir les droits des minorités de langue française dans les autres provinces sont exactement les mêmes qui servent à promouvoir l’unilinguisme français au Québec et le renforcement de la Loi 101. Même la Cour suprême du Canada a reconnu cette logique dans quelques causes célèbres.

Le sort que les majorités anglophones ont réservé à leurs concitoyens de langue française depuis 1867, et les réactions souvent intolérantes et haineuses d’une fraction importante du public anglophone contemporain, doivent faire comprendre aux Québécois l’importance de s’affirmer comme majorité et de jeter les bases d’un cadre qui assurera que dans un avenir pas trop lointain, ils ne seront pas eux-mêmes à risque de devenir minoritaires chez eux. Ce qui les attend, les minorités des autres provinces l’ont déjà subi et en portent des conséquences indélébiles.

Que cela passe ou non par l’indépendance politique ou quelque forme de souverainetéassociation reste à déterminer, l’avenir le dira. Mais une chose est sûre : cela passe par un Québec unilingue français. Sans cet unique espace francophone en Amérique du Nord, le combat des minorités hors Québec, à l’exception de régions limitrophes ontariennes et acadiennes, est voué à l’échec. Les combattants vieillissent, et la relève se fait de plus en plus rare. Ce qui est perturbant, c’est que la résistance ramollit aussi au Québec…

Un jour, lorsque quelques générations successives de Québécois francophones-devenustous- bilingues auront graduellement adopté l’anglais comme langue commune, peut-être dira-t-on à leur sujet ce que l’auteur franco-ontarien Omer Latour (décédé en 1978, et cité récemment dans le livre Le ciel peut donc attendre, de Jules Tessier) écrivait au sujet de son patelin natal, Cornwall : Dieu merci, le combat est presque fini. L’assimilation totale apporte enfin le repos et la paix à tous ces gens obscurs qui ont lutté dans un combat par trop inégal. Vous me demandez pourquoi ils sont morts? Je vous demande comment ils ont fait pour résister si longtemps. •••

[Ce texte est tiré du blogue de Pierre Allard, récipiendaire du prix Olivar-Asselin de la SSJB en 2014.
Il a été publié la première fois le 16 avril 2013.]