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Proposition de Ronald Gareau | février 2015

 

 rClgMaZPtwT8dXdUDwvaFjzOGeQ@450x600        Lors d’une visite récente à la cathédrale Marie-Reine-du-Monde, j’ai eu le plaisir de lire une inscription placée juste à côté de la toile de Georges Delfosse, cette toile qui représente Nicolas Viel alors qu’il avait été attaqué par un amérindien dans les rapides de la Rivière Des Prairies. La vignette originale écrite au bas du tableau par Delfosse se lisait comme suit : « Nicolas Viel premier martyr canadien   Ahuntsic son néophyte. » Le curé de la cathédrale,Alain Vaillancourt, a bien voulu corriger ce texte par une petite plaque qui se lit comme suit : « Les faits décrits sur cette toile particulière ne reflètent pas nécessairement la réalité historique. La noyade pourrait être une cause possible ou probable du décès du Père Nicolas Viel et de son compagnon. » On veut donc préciser ici que la mort du P. Viel est une mort naturelle, résultat d’un simple accident et non une mort causée par un assassinat. On ne peut donc plus parler de Nicolas Viel comme s’il était un martyr. J’espère ne pas me tromper en faisant cette interprétation.

Voilà qui est bien et même très bien. Au premier abord, je ne pouvais que me réjouir de voir le résultat des représentations faites par notre ancien président Mario Beaulieu auprès du cardinal Turcotte et plus récemment celles faites par notre président Denis Rebello qui s’est rendu rencontrer le comité de la cathédrale afin de l’inciter à poser un geste concret pour corriger le tableau. Ces démarches ont donné les résultats qu’on connaît maintenant. On peut bien s’en réjouir aujourd’hui, mais il faut ajouter du même coup que ce geste demeure totalement insatisfaisant si l’on veut garder u ne certaine cohérence dans notre raisonnement.

Pour ma part, je souhaite qu’on enlève carrément ce tableau des murs de la cathédrale. Je considère qu’on ne peut pas permette d’y exprimer de telles faussetés. Nous avons des références incontestables pour affirmer cela. Ce sont les études du P. Archange, franciscain spécialiste en généalogie, et celles du P. Lucien Campeau, jésuite. Nous nous sommes appuyés sur ces deux historiens pour faire corriger les inscriptions placées devant l’église de la Visitation et celle du parc Nicolas Viel sur le boulevard Gouin. On ne peut plus laisser croire qu’il y a eu assassinat. Faire de Nicolas Viel un saint martyr canadien est un exemple de pure fabrication de légende comme on en trouve dans l’histoire de tous les pays. Quant à nous il n’y a qu’une chose à faire c’est de dénoncer ce mythe. Il faut être rigoureux et respectueux de la réalité historique. On a l’impression que certains membres du clergé ont voulu exploiter Nicolas Viel dans un but partisan. M. Tellier a bien documenté ce phénomène dans ses recherches très poussées sur le sujet.

Que faut-il conclure de toutes ces réflexions? Pour moi c’est très simple. Il faut retirer ce tableau. Le vendre, le donner, je ne sais pas. Il y a cependant une objection qui nous arrive spontanément à l’esprit. On se dit que tout de même ce tableau a été affiché depuis plus de 150 ans et que personne n’a jamais protesté contre cela. Cela paraissait tout naturel de considérer Viel comme un martyr. Remarquez, en passant, que sa cause en canonisation n’a jamais été bien loin; pourtant un martyr reçoit généralement la canonisation assez rapidement. Reconnaissons toutefois que le nombre d’années n’est pas un argument sérieux. Une erreur qu’on répète durant 150 ans demeure une erreur. Aujourd’hui nous n’avons qu’à nous en excuser. Un bel exemple. Vous connaissez dans Rosemont l’ancienne église Ste-Philomène. Elle a été rebaptisée St-Esprit. Pourquoi? Parce qu’on a réalisé un jour que Ste-Philomène n’avait jamais existé!

Une autre objection. Bien des gens vont regretter qu’une œuvre aussi magnifique soit retirée. Elle est très grande, bien mise en valeur, bien éclairée. La scène est saisissante : on voit cet amérindien dans l’eau des rapides et qui tente de faire chavirer le canot de Nicolas Viel   et ses compagnons (la vignette laisse entendre que Ahuntsic s’y trouve aussi, mais on n’a pas pensé en faire un martyr!) .Georges Delfosse était sans doute un peintre remarquable pour son époque. Il a fait aussi un tableau du P. Jean de Brébeuf installé dans la cathédrale. Disons d’emblée que notre discussion ne porte pas sur les qualités esthétiques du tableau mais plutôt sur le message idéologique qu’il exprime. Et c’est ce message que nous devons rejeter.

Vous pouvez bien être d’accord avec moi,, mais il y a un problème qu’il faut aborder. On ne peut simplement retirer le tableau et laisser un grand vide sur les murs. Il faut trouver quelque chose pour combler ce vide. J’ai beaucoup réfléchi sur cette question. Et voici ce que je   propose. Je propose qu’on fasse de cet espace un lieu où Kateri Tekakwitha (1656-1680) sera honorée. Elle fait partie des personnes fondatrices de Montréal comme Jeanne Mance, donc de cette première époque. Delfosse nous a représenté des amérindiens comme étant cruels et méchants. Il faut maintenant présenter une autre facette du monde amérindien. Kateri a été canonisée récemment (oct.2012) et rien à Montréal n’a été fait pour souligner cet événement. Les Mohawks de Kanawake ont toujours manifesté un grand attachement pour leur Kateri. Il suffit d’entrer dans l’église de Kanawake pour le constater. Ce sont les jésuites qui sont reponsables de cette paroisse depuis toujours. C’est eux qui ont travaillé pour obtenir la canonisation de Kateri.   Il est important de montrer aux peuples autochtones, à nos permières nations, une reconnaisssance sincère de leur mérite.